Les contes de Mme Poppins
Bonjour, je suis Mme Poppins, j'ai une histoire à vous raconter...
Conte protégé.
Il était une fois une fort jolie demoiselle dragon prénommée Romy.
Mais Romy n’était pas un dragon ordinaire, comme vous pourriez l’imaginer…
D’abord, sa peau
n’était pas recouverte d’écailles dures et brillantes : elle était vêtue d’un
somptueux pelage vert amande, doux comme un nuage. Ensuite, elle n’avait pas la
taille gigantesque des dragons des grandes forêts. Non, Romy était toute petite
— pas plus haute qu’un gros chat.
Son jeune frère,
Karl, un dragon blanc comme la neige, était encore plus minuscule qu’elle.
Pourtant, leurs
ancêtres avaient été de puissants dragons : gardiens de mines de diamants,
protecteurs de châteaux forts, redoutés pour leurs flammes immenses…
Mais Romy et Karl,
eux, n’étaient pas de ces dragons terrifiants qui crachent des torrents de feu
capables de vous roussir le derrière à des kilomètres. Non, c’étaient deux
adorables dragons, un peu timides, qui ne parvenaient qu’à produire de petites
étincelles… tout juste de quoi allumer une bougie.
Moqués pour leur
taille et leurs ailes ridiculement petites, ils décidèrent un beau matin de
quitter leur forêt natale.
Légers comme des
plumes, ils voyagèrent pendant de longs jours, portés par le vent et leur
courage. Un soir, ils aperçurent au loin les lumières scintillantes d’une
immense ville, dont les maisons semblaient flotter au bord de l’eau.
Curieux et
émerveillés, ils s’approchèrent en voltigeant d’arbre en arbre le long du
fleuve.
Quelle ville
étonnante !
Partout, de vieux tacots ronflaient et klaxonnaient, des passants riaient aux
éclats devant des spectacles de rue, et les boutiques richement décorées
proposaient mille merveilles : objets étincelants, friandises appétissantes,
trésors en tout genre…
Puis, au détour
d’une ruelle plus calme, à l’écart de l’agitation, ils s’arrêtèrent net.
Devant eux se
trouvait une étrange boutique.
C’était un vieux
magasin de jouets. Derrière la vitrine poussiéreuse, on apercevait des poupées,
des jeux anciens, des hochets et de tendres peluches. Tout semblait oublié… et
pourtant, tout était absolument merveilleux.
Fascinés, Romy et
Karl se posèrent pour admirer ces trésors.
C’est alors que la
propriétaire des lieux, une vieille dame nommée Madame Fanfreluche, les aperçut
sur le trottoir. Persuadée qu’il s’agissait de peluches, elle les ramassa
délicatement et leur dit d’une voix douce :
— Alors, petits
dragons, vous vouliez vous échapper du magasin ? Allons, allons… ce n’est pas
possible. Des enfants vous attendent quelque part pour vous câliner et vous
confier leurs joies et leurs chagrins. Retournez donc à votre place sur les étagères.
Et c’est ainsi que,
malgré eux, Romy et Karl se retrouvèrent… transformés en peluches dans la
boutique.
Alors que Madame
Fanfreluche les déposait sur une étagère poussiéreuse, Romy éternua soudain —
et une petite flamme jaillit, enflammant le chignon de la vieille dame… qui ne
s’en aperçut même pas !
Elle renifla
doucement :
— Oh… j’ai dû
laisser la soupe sur le feu… ça sent le brûlé…
Avant même qu’elle
ait terminé sa phrase, Romy s’envola discrètement, attrapa un vase de fleurs et
renversa toute son eau sur la tête de la pauvre Madame Fanfreluche.
La voilà trempée de
la tête aux pieds, les lunettes de travers, les cheveux complètement décoiffés
:
— Mais… il y a une
fuite dans le toit !
Puis, après un
instant, elle éclata de rire :
— Quelle étourdie
je fais ! Ce n’est qu’un vase qui m’est tombé dessus !
Romy, revenue à sa
place sur l’étagère, se retenait de rire.
— Quelle drôle de
vieille dame… elle n’a même pas vu que nous étions de vrais dragons ! chuchota
Karl.
— C’est vrai…
répondit Romy. Elle est un peu farfelue. Restons immobiles, nous risquerions de
lui faire peur.
— Hein ? Quoi ? Qui
a parlé ?
— Flûte… elle nous
a entendus…
Madame Fanfreluche
s’approcha lentement et ajusta ses lunettes sur le bout de son nez. Au moment
où Romy s’apprêtait à éternuer de nouveau, la vieille dame lui pinça doucement
le museau pour empêcher une nouvelle flamme de jaillir.
Romy et Karl
restèrent tout penauds.
Puis, les yeux
brillants de malice, Madame Fanfreluche sourit largement :
— De vrais dragons…
n’est-ce pas ?
Gênés, ils
hochèrent timidement la tête.
— J’espère ne pas
vous avoir fait peur… murmura Romy.
— Moi ? Peur ? Oh
non ! J’ai vu tant de choses extraordinaires dans ma longue vie… plus rien ne
peut me surprendre. Mais dites-moi, que faites-vous ici ?
— Nous avons quitté
notre forêt… répondit Romy. Nous cherchons un endroit où vivre.
— Et ici… c’est
très joli ! ajouta Karl avec espoir.
— Ah… mes petits…
je ne peux pas vous garder dans la boutique…
Leurs sourires
s’effacèrent aussitôt. Ils s’apprêtaient à repartir lorsque Madame Fanfreluche
les rappela :
— Dans la boutique,
non… mais dans mon jardin, oui !
Ils se
retournèrent, pleins d’espoir.
— Je partage un
grand jardin avec ma voisine, Madame Poppins. Il y a un potager, des arbres
fruitiers… et beaucoup de coins tranquilles. Si vous aimez jardiner, vous y
serez parfaitement heureux.
Depuis ce jour,
deux adorables dragons, doux comme des chatons, vivent dans ce jardin.
Ils sont devenus de
merveilleux compagnons.
Lorsque nous
recevons de la visite, Romy et Karl font semblant d’être de simples peluches.
Seuls Madame
Fanfreluche… et moi… connaissons leur secret.
Et maintenant… vous
aussi.
Mais chut… je
compte sur vous pour ne rien révéler.

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