20. Deux drôles de dragons

 

Les contes de Mme Poppins

Bonjour, je suis Mme Poppins, j'ai une histoire à vous raconter...


Auteur : Muriel Jorry.
Conte protégé. 
Diffusion et reproduction interdites. 
Illustrations générées par IA.

Il était une fois une fort jolie demoiselle dragon prénommée Romy.

Mais Romy n’était pas un dragon ordinaire, comme vous pourriez l’imaginer…

D’abord, sa peau n’était pas recouverte d’écailles dures et brillantes : elle était vêtue d’un somptueux pelage vert amande, doux comme un nuage. Ensuite, elle n’avait pas la taille gigantesque des dragons des grandes forêts. Non, Romy était toute petite — pas plus haute qu’un gros chat.

Son jeune frère, Karl, un dragon blanc comme la neige, était encore plus minuscule qu’elle.

Pourtant, leurs ancêtres avaient été de puissants dragons : gardiens de mines de diamants, protecteurs de châteaux forts, redoutés pour leurs flammes immenses…

Mais Romy et Karl, eux, n’étaient pas de ces dragons terrifiants qui crachent des torrents de feu capables de vous roussir le derrière à des kilomètres. Non, c’étaient deux adorables dragons, un peu timides, qui ne parvenaient qu’à produire de petites étincelles… tout juste de quoi allumer une bougie.

Moqués pour leur taille et leurs ailes ridiculement petites, ils décidèrent un beau matin de quitter leur forêt natale.

Légers comme des plumes, ils voyagèrent pendant de longs jours, portés par le vent et leur courage. Un soir, ils aperçurent au loin les lumières scintillantes d’une immense ville, dont les maisons semblaient flotter au bord de l’eau.

Curieux et émerveillés, ils s’approchèrent en voltigeant d’arbre en arbre le long du fleuve.

Quelle ville étonnante !
Partout, de vieux tacots ronflaient et klaxonnaient, des passants riaient aux éclats devant des spectacles de rue, et les boutiques richement décorées proposaient mille merveilles : objets étincelants, friandises appétissantes, trésors en tout genre…

Puis, au détour d’une ruelle plus calme, à l’écart de l’agitation, ils s’arrêtèrent net.

Devant eux se trouvait une étrange boutique.

C’était un vieux magasin de jouets. Derrière la vitrine poussiéreuse, on apercevait des poupées, des jeux anciens, des hochets et de tendres peluches. Tout semblait oublié… et pourtant, tout était absolument merveilleux.

Fascinés, Romy et Karl se posèrent pour admirer ces trésors.

C’est alors que la propriétaire des lieux, une vieille dame nommée Madame Fanfreluche, les aperçut sur le trottoir. Persuadée qu’il s’agissait de peluches, elle les ramassa délicatement et leur dit d’une voix douce :

— Alors, petits dragons, vous vouliez vous échapper du magasin ? Allons, allons… ce n’est pas possible. Des enfants vous attendent quelque part pour vous câliner et vous confier leurs joies et leurs chagrins. Retournez donc à votre place sur les étagères.

Et c’est ainsi que, malgré eux, Romy et Karl se retrouvèrent… transformés en peluches dans la boutique.

Alors que Madame Fanfreluche les déposait sur une étagère poussiéreuse, Romy éternua soudain — et une petite flamme jaillit, enflammant le chignon de la vieille dame… qui ne s’en aperçut même pas !

Elle renifla doucement :

— Oh… j’ai dû laisser la soupe sur le feu… ça sent le brûlé…

Avant même qu’elle ait terminé sa phrase, Romy s’envola discrètement, attrapa un vase de fleurs et renversa toute son eau sur la tête de la pauvre Madame Fanfreluche.

La voilà trempée de la tête aux pieds, les lunettes de travers, les cheveux complètement décoiffés :

— Mais… il y a une fuite dans le toit !

Puis, après un instant, elle éclata de rire :

— Quelle étourdie je fais ! Ce n’est qu’un vase qui m’est tombé dessus !

Romy, revenue à sa place sur l’étagère, se retenait de rire.

— Quelle drôle de vieille dame… elle n’a même pas vu que nous étions de vrais dragons ! chuchota Karl.

— C’est vrai… répondit Romy. Elle est un peu farfelue. Restons immobiles, nous risquerions de lui faire peur.

— Hein ? Quoi ? Qui a parlé ?

— Flûte… elle nous a entendus…

Madame Fanfreluche s’approcha lentement et ajusta ses lunettes sur le bout de son nez. Au moment où Romy s’apprêtait à éternuer de nouveau, la vieille dame lui pinça doucement le museau pour empêcher une nouvelle flamme de jaillir.

Romy et Karl restèrent tout penauds.

Puis, les yeux brillants de malice, Madame Fanfreluche sourit largement :

— De vrais dragons… n’est-ce pas ?

Gênés, ils hochèrent timidement la tête.

— J’espère ne pas vous avoir fait peur… murmura Romy.

— Moi ? Peur ? Oh non ! J’ai vu tant de choses extraordinaires dans ma longue vie… plus rien ne peut me surprendre. Mais dites-moi, que faites-vous ici ?

— Nous avons quitté notre forêt… répondit Romy. Nous cherchons un endroit où vivre.

— Et ici… c’est très joli ! ajouta Karl avec espoir.

— Ah… mes petits… je ne peux pas vous garder dans la boutique…

Leurs sourires s’effacèrent aussitôt. Ils s’apprêtaient à repartir lorsque Madame Fanfreluche les rappela :

— Dans la boutique, non… mais dans mon jardin, oui !

Ils se retournèrent, pleins d’espoir.

— Je partage un grand jardin avec ma voisine, Madame Poppins. Il y a un potager, des arbres fruitiers… et beaucoup de coins tranquilles. Si vous aimez jardiner, vous y serez parfaitement heureux.

Depuis ce jour, deux adorables dragons, doux comme des chatons, vivent dans ce jardin.

Ils sont devenus de merveilleux compagnons.

Lorsque nous recevons de la visite, Romy et Karl font semblant d’être de simples peluches.

Seuls Madame Fanfreluche… et moi… connaissons leur secret.

Et maintenant… vous aussi.

Mais chut… je compte sur vous pour ne rien révéler.

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