Conte protégé.
Il était
une fois deux chatons prénommés Flocon et Merlin qui vinrent s’installer au
Pôle Nord, dans la chaleureuse maison du Père et de la Mère Noël.
Flocon avait un
pelage blanc comme la neige fraîche, tandis que Merlin était aussi noir qu’un
morceau de charbon.
Tous deux étaient
de grands amis malgré leurs caractères très différents. Flocon était calme,
doux et contemplatif. Il adorait se prélasser devant le feu crépitant de la
cheminée et faire de longues siestes. Merlin, lui, ne tenait jamais en place.
Curieux et intrépide, il passait son temps à jouer, grimper et explorer le
moindre recoin de son univers.
Un matin de
décembre, la maison du Père Noël baignait dans un calme absolu. Flocon dormait
profondément, roulé en boule sur le bonnet du Père Noël. Merlin, quant à lui,
était déjà parti à l’aventure dans le grenier.
Au même instant,
à l’autre bout du Pôle Nord, un jeune garçon de sept ans se réveillait en
bougonnant.
Barnabé vivait
avec ses parents, Monsieur et Madame Fouettard, dans une vieille maison peu
accueillante construite à l’écart des autres demeures. Le jardin semblait
abandonné, les volets grinçaient au moindre souffle de vent et aucune
décoration de Noël ne venait égayer la façade. Pas de guirlandes scintillantes,
pas de couronne sur la porte, pas même un sapin pour annoncer les fêtes. Seules
d’étranges plantes carnivores bordaient l’allée recouverte de neige.
La famille Fouettard
était connue dans tout le village pour son humeur grincheuse et son goût
prononcé pour les mauvais tours. Les habitants, qui les connaissaient bien,
évitaient autant que possible de passer devant leur maison.
Barnabé
ressemblait beaucoup à ses parents. C’était un enfant capricieux, un peu
menteur et parfois tricheur. À l’école, il copiait volontiers sur ses voisins
lorsqu’il ne connaissait pas ses leçons. Le matin, il refusait toujours de se
lever et arrivait presque chaque jour en retard. Le soir, il trouvait mille
excuses pour ne pas aller se coucher et ses colères pouvaient durer des heures.
Ce matin-là,
après bien des protestations, il finit tout de même par sortir de son lit. Il
engloutit son petit déjeuner comme un véritable glouton, laissant des miettes
partout sur la table. Puis il enfila son manteau et quitta la maison.
À peine eut-il
franchi le portail qu’il aperçut un ballon coloré tombé dans les gravillons
enneigés. Un petit lutin l’avait probablement perdu quelques instants plus tôt.
Au lieu de le
ramasser pour le lui rendre, Barnabé se précipita dessus et sauta de toutes ses
forces.
POP !
Le ballon
éclata aussitôt.
Satisfait de sa
bêtise, le garçon reprit son chemin vers l’école en traînant les pieds.
Pendant ce
temps, Merlin avait terminé son exploration du grenier. Après une courte
sieste, une longue toilette et un repas copieux, il décida de partir découvrir
le village.
Il s’avança
dans la neige fraîche, dont la poudre blanche crissait doucement sous ses
pattes. Bientôt, il grimpa au sommet d’un immense sapin.
De là-haut, la
vue était splendide.
Quelques rayons
de soleil faisaient scintiller son pelage noir et réchauffaient agréablement
son dos. Merlin observait les allées et venues des habitants, écoutait les
conversations et humait les dizaines de parfums qui flottaient dans l’air : le
pain d’épices qui cuisait dans les fours, la fumée des cheminées, le foin de l’étable
des rennes ou encore le chocolat chaud préparé dans les maisons.
Soudain, ses
oreilles se dressèrent.
Au loin, il
aperçut un garçon mal fagoté qui avançait en râlant à chaque pas.
Intrigué,
Merlin décida de le suivre discrètement.
Il ne lui
fallut pas longtemps pour comprendre à quel genre d’enfant il avait affaire.
Le petit chat
noir observa ses grimaces, ses plaintes incessantes et ses mauvaises actions.
Alors une idée germa dans son esprit.
Peut-être que
ce garçon avait simplement besoin d’apprendre quelques leçons de gentillesse...
Le lendemain,
Merlin suivit Barnabé dès le lever du soleil.
Tout commença à
la boulangerie.
Sans même dire
bonjour, Barnabé entra en trombe et exigea une baguette bien cuite.
Pendant que la
boulangère avait le dos tourné, il plongea discrètement la main dans un immense
bocal rempli de friandises.
Mais au fond du
récipient se cachait une petite surprise.
— Aïe !
cria-t-il en retirant vivement sa main.
Quelque chose
venait de le griffer !
Tout penaud, il
quitta la boutique sans même penser à prendre son pain.
Plus tard, à
l’école, il arriva en retard comme à son habitude.
En entrant dans
la classe, il bouscula plusieurs élèves avant de s’installer à sa place. Puis
il entreprit aussitôt de copier sur son voisin.
Au moment où il
tournait la tête pour espionner sa feuille, une agile petite patte noire,
cachée dans le tiroir de son bureau, renversa un encrier.
L’encre se
répandit sur tout son cahier.
Son devoir
devint illisible.
Résultat : un
magnifique zéro.
À la sortie de
l’école, Barnabé se rendit à la librairie.
Lorsque la
vieille libraire disparut dans l’arrière-boutique, il attrapa un livre au
hasard dans l’intention d’en déchirer les pages.
Mais avant
qu’il ait pu en abîmer une seule, un énorme ouvrage glissa d’une étagère et lui
tomba sur la tête.
BOUM !
Barnabé
vacilla, les yeux pleins d’étoiles.
Cette fois,
c’en était trop.
Complètement
décontenancé, il rentra chez lui en se demandant ce qui pouvait bien lui
arriver.
Pourtant, le
lendemain, puis le jour suivant, les mêmes mésaventures se reproduisirent.
Chaque fois
qu’il tentait une bêtise, quelque chose venait mystérieusement l’en empêcher.
Une petite
griffure apparaissait dès qu’il essayait de tricher ou de voler.
Barnabé commença
à réfléchir.
Et si quelqu’un
l’observait ?
Et si toutes
ces mésaventures n’étaient pas dues au hasard ?
Au fil des
jours, fatigué de recevoir des leçons, il se mit à faire davantage d’efforts.
Il essaya de dire bonjour, de ranger ses affaires et même d’arriver à l’heure à
l’école.
Au bout d’une
semaine, lorsqu’il décida sincèrement de devenir plus raisonnable, Merlin jugea
qu’il avait assez appris.
Le petit chat
noir sortit alors de sa cachette et se montra enfin.
Barnabé resta
bouche bée.
Jamais il n’avait
vu un animal aussi adorable.
Avec son pelage
brillant couleur de réglisse et ses grands yeux malicieux, Merlin était
irrésistible.
Le garçon tomba
immédiatement sous son charme.
Et, aussi
incroyable que cela puisse paraître, Monsieur et Madame Fouettard ressentirent
exactement la même chose lorsqu’ils découvrirent le chaton.
Très vite,
Merlin prit ses habitudes dans la maison.
Certes, elle
était moins confortable que celle du Père Noël, mais cela ne semblait pas le
déranger.
Il réclama
bientôt des caresses, s’installa près du feu et se mit à ronronner aussi fort
qu’un moteur de déneigeuse.
En quelques
jours seulement, il avait réussi l’impossible : attendrir le cœur de toute la
famille.
Les Fouettard
l’adoptèrent avec une immense joie.
Depuis, de
grands changements se sont produits.
La famille
reste parfois un peu grognonne, mais chacun fait désormais de véritables
efforts pour être plus agréable.
Une guirlande lumineuse
décore maintenant la façade de la maison.
Un sapin trône
fièrement dans le salon. Seules des toiles d’araignées lui donnent un air de
fête mais c’est un bon début.
Les voisins
osent peu à peu leur rendre visite et les Fouettard ont pris l’habitude de
proposer du thé à leurs invités.
Certes, leur
thé aux plantes carnivores pique encore un peu la langue, mais c’est
l’intention qui compte !
Barnabé, lui
aussi, a beaucoup changé.
Il fait moins
de bêtises, presque plus de caprices et s’efforce chaque jour d’être plus gentil.
Merlin veille
discrètement sur lui et n’hésite jamais à rappeler les bonnes manières par un
petit coup de patte lorsque cela devient nécessaire.
Le Père Noël,
très heureux de voir le chaton vivre dans un foyer aimant, a désormais de
bonnes raisons de récompenser Barnabé.
S’il n’est pas
encore officiellement inscrit sur la liste des enfants sages, nul doute que ce
jour approche.
C’est ainsi que, grâce à un chaton noir, une
famille grincheuse apprit peu à peu le bonheur d’être gentille.
Chaque soir, lorsque vient l’heure de se
coucher, Barnabé monte volontiers dans sa chambre.
Car il sait
qu’un petit chat noir viendra bientôt se blottir contre lui.
Alors, bercé par de doux ronronnements, il
s’endort paisiblement tandis que Merlin veille sur son sommeil.
Maintenant, à vous de chanter...
Chanson
Américaine de 1967 par Roger Miller. Paroles françaises de 1968 par Graeme Allwright.




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