05. Le chat noir de Barnabé Fouettard



Auteur : Muriel Jorry.
Conte protégé. 
Diffusion et reproduction interdites. 
Illustrations générées par IA.


Il était une fois deux chatons prénommés Flocon et Merlin qui vinrent s’installer au Pôle Nord, dans la chaleureuse maison du Père et de la Mère Noël.

Flocon avait un pelage blanc comme la neige fraîche, tandis que Merlin était aussi noir qu’un morceau de charbon.

Tous deux étaient de grands amis malgré leurs caractères très différents. Flocon était calme, doux et contemplatif. Il adorait se prélasser devant le feu crépitant de la cheminée et faire de longues siestes. Merlin, lui, ne tenait jamais en place. Curieux et intrépide, il passait son temps à jouer, grimper et explorer le moindre recoin de son univers.

Un matin de décembre, la maison du Père Noël baignait dans un calme absolu. Flocon dormait profondément, roulé en boule sur le bonnet du Père Noël. Merlin, quant à lui, était déjà parti à l’aventure dans le grenier.

Au même instant, à l’autre bout du Pôle Nord, un jeune garçon de sept ans se réveillait en bougonnant.

Barnabé vivait avec ses parents, Monsieur et Madame Fouettard, dans une vieille maison peu accueillante construite à l’écart des autres demeures. Le jardin semblait abandonné, les volets grinçaient au moindre souffle de vent et aucune décoration de Noël ne venait égayer la façade. Pas de guirlandes scintillantes, pas de couronne sur la porte, pas même un sapin pour annoncer les fêtes. Seules d’étranges plantes carnivores bordaient l’allée recouverte de neige.

La famille Fouettard était connue dans tout le village pour son humeur grincheuse et son goût prononcé pour les mauvais tours. Les habitants, qui les connaissaient bien, évitaient autant que possible de passer devant leur maison.

Barnabé ressemblait beaucoup à ses parents. C’était un enfant capricieux, un peu menteur et parfois tricheur. À l’école, il copiait volontiers sur ses voisins lorsqu’il ne connaissait pas ses leçons. Le matin, il refusait toujours de se lever et arrivait presque chaque jour en retard. Le soir, il trouvait mille excuses pour ne pas aller se coucher et ses colères pouvaient durer des heures.

Ce matin-là, après bien des protestations, il finit tout de même par sortir de son lit. Il engloutit son petit déjeuner comme un véritable glouton, laissant des miettes partout sur la table. Puis il enfila son manteau et quitta la maison.

À peine eut-il franchi le portail qu’il aperçut un ballon coloré tombé dans les gravillons enneigés. Un petit lutin l’avait probablement perdu quelques instants plus tôt.

Au lieu de le ramasser pour le lui rendre, Barnabé se précipita dessus et sauta de toutes ses forces.

POP !

Le ballon éclata aussitôt.

Satisfait de sa bêtise, le garçon reprit son chemin vers l’école en traînant les pieds.

Pendant ce temps, Merlin avait terminé son exploration du grenier. Après une courte sieste, une longue toilette et un repas copieux, il décida de partir découvrir le village.

Il s’avança dans la neige fraîche, dont la poudre blanche crissait doucement sous ses pattes. Bientôt, il grimpa au sommet d’un immense sapin.

De là-haut, la vue était splendide.

Quelques rayons de soleil faisaient scintiller son pelage noir et réchauffaient agréablement son dos. Merlin observait les allées et venues des habitants, écoutait les conversations et humait les dizaines de parfums qui flottaient dans l’air : le pain d’épices qui cuisait dans les fours, la fumée des cheminées, le foin de l’étable des rennes ou encore le chocolat chaud préparé dans les maisons.

Soudain, ses oreilles se dressèrent.

Au loin, il aperçut un garçon mal fagoté qui avançait en râlant à chaque pas.

Intrigué, Merlin décida de le suivre discrètement.

Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre à quel genre d’enfant il avait affaire.

Le petit chat noir observa ses grimaces, ses plaintes incessantes et ses mauvaises actions. Alors une idée germa dans son esprit.

Peut-être que ce garçon avait simplement besoin d’apprendre quelques leçons de gentillesse...

Le lendemain, Merlin suivit Barnabé dès le lever du soleil.

Tout commença à la boulangerie.

Sans même dire bonjour, Barnabé entra en trombe et exigea une baguette bien cuite.

Pendant que la boulangère avait le dos tourné, il plongea discrètement la main dans un immense bocal rempli de friandises.

Mais au fond du récipient se cachait une petite surprise.

— Aïe ! cria-t-il en retirant vivement sa main.

Quelque chose venait de le griffer !

Tout penaud, il quitta la boutique sans même penser à prendre son pain.

Plus tard, à l’école, il arriva en retard comme à son habitude.

En entrant dans la classe, il bouscula plusieurs élèves avant de s’installer à sa place. Puis il entreprit aussitôt de copier sur son voisin.

Au moment où il tournait la tête pour espionner sa feuille, une agile petite patte noire, cachée dans le tiroir de son bureau, renversa un encrier.

L’encre se répandit sur tout son cahier.

Son devoir devint illisible.

Résultat : un magnifique zéro.

À la sortie de l’école, Barnabé se rendit à la librairie.

Lorsque la vieille libraire disparut dans l’arrière-boutique, il attrapa un livre au hasard dans l’intention d’en déchirer les pages.

Mais avant qu’il ait pu en abîmer une seule, un énorme ouvrage glissa d’une étagère et lui tomba sur la tête.

BOUM !

Barnabé vacilla, les yeux pleins d’étoiles.

Cette fois, c’en était trop.

Complètement décontenancé, il rentra chez lui en se demandant ce qui pouvait bien lui arriver.

Pourtant, le lendemain, puis le jour suivant, les mêmes mésaventures se reproduisirent.

Chaque fois qu’il tentait une bêtise, quelque chose venait mystérieusement l’en empêcher.

Une petite griffure apparaissait dès qu’il essayait de tricher ou de voler.

Barnabé commença à réfléchir.

Et si quelqu’un l’observait ?

Et si toutes ces mésaventures n’étaient pas dues au hasard ?

Au fil des jours, fatigué de recevoir des leçons, il se mit à faire davantage d’efforts. Il essaya de dire bonjour, de ranger ses affaires et même d’arriver à l’heure à l’école.

Au bout d’une semaine, lorsqu’il décida sincèrement de devenir plus raisonnable, Merlin jugea qu’il avait assez appris.

Le petit chat noir sortit alors de sa cachette et se montra enfin.

Barnabé resta bouche bée.

Jamais il n’avait vu un animal aussi adorable.

Avec son pelage brillant couleur de réglisse et ses grands yeux malicieux, Merlin était irrésistible.

Le garçon tomba immédiatement sous son charme.

Et, aussi incroyable que cela puisse paraître, Monsieur et Madame Fouettard ressentirent exactement la même chose lorsqu’ils découvrirent le chaton.

Très vite, Merlin prit ses habitudes dans la maison.

Certes, elle était moins confortable que celle du Père Noël, mais cela ne semblait pas le déranger.

Il réclama bientôt des caresses, s’installa près du feu et se mit à ronronner aussi fort qu’un moteur de déneigeuse.

En quelques jours seulement, il avait réussi l’impossible : attendrir le cœur de toute la famille.

Les Fouettard l’adoptèrent avec une immense joie.

Depuis, de grands changements se sont produits.

La famille reste parfois un peu grognonne, mais chacun fait désormais de véritables efforts pour être plus agréable.

Une guirlande lumineuse décore maintenant la façade de la maison.

Un sapin trône fièrement dans le salon. Seules des toiles d’araignées lui donnent un air de fête mais c’est un bon début.

Les voisins osent peu à peu leur rendre visite et les Fouettard ont pris l’habitude de proposer du thé à leurs invités.

Certes, leur thé aux plantes carnivores pique encore un peu la langue, mais c’est l’intention qui compte !

Barnabé, lui aussi, a beaucoup changé.

Il fait moins de bêtises, presque plus de caprices et s’efforce chaque jour d’être plus gentil.

Merlin veille discrètement sur lui et n’hésite jamais à rappeler les bonnes manières par un petit coup de patte lorsque cela devient nécessaire.

Le Père Noël, très heureux de voir le chaton vivre dans un foyer aimant, a désormais de bonnes raisons de récompenser Barnabé.

S’il n’est pas encore officiellement inscrit sur la liste des enfants sages, nul doute que ce jour approche.

C’est ainsi que, grâce à un chaton noir, une famille grincheuse apprit peu à peu le bonheur d’être gentille.

Chaque soir, lorsque vient l’heure de se coucher, Barnabé monte volontiers dans sa chambre.

Car il sait qu’un petit chat noir viendra bientôt se blottir contre lui.

Alors, bercé par de doux ronronnements, il s’endort paisiblement tandis que Merlin veille sur son sommeil.


Maintenant, à vous de chanter...

Chanson Américaine de 1967 par Roger Miller. Paroles françaises de 1968 par Graeme Allwright.




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