Les contes de Mme Poppins
Bonjour, je suis Mme Poppins, j'ai une histoire à vous raconter...
Conte protégé.
Il y a
bien longtemps, à Paris, vivait Herbert, un vieux monsieur que tout le monde
connaissait sans vraiment le remarquer. Chaque soir, à l’heure où une brume
légère apparaissait, que les boutiques fermaient leurs volets, que les chats
commençaient leur ronde silencieuse et que les passants pressaient le pas pour
rentrer chez eux, Herbert sortait avec sa longue perche et sa petite échelle.
Son métier
était simple, mais fatigant : il était falotier, c'est-à-dire… allumeur de
réverbères.
Il
marchait longtemps dans les ruelles pavées en tendant sa perche et l’on
entendait :
Clac, une
flamme… clac une autre, et puis encore une autre…
Et peu à
peu, la nuit s’illuminait lorsque les lampadaires s’éveillaient comme des
lucioles géantes, éclairant les boulevards et les petites rues.
Chaque
soir, il gardait, pour la fin de sa tournée, un réverbère bien particulier se trouvant au bord d’une rue tranquille,
près d’un vieux moulin abandonné,
dont les ailes immobiles grinçaient parfois dans le vent.
Un soir
d’automne, le vent soufflait doucement et les nuages filaient dans le ciel
sombre.
Le vieux monsieur posa son échelle contre le lampadaire du moulin et ouvrit la
petite vitre pour allumer la flamme.
C’est
alors qu’il entendit un sifflement aigu.
—
Fiiiiiiiouuuuu !
Il leva la
tête.
Une étoile
filante traversait le ciel, plus
brillante que toutes les autres.
Elle
descendait… plus bas… encore plus bas… et soudain…
PLOP !
L’étoile
tomba directement
dans le réverbère ouvert.
La lampe
se mit à briller d’une lumière incroyable, mille fois plus vive que d’habitude.
Des étincelles d’or tourbillonnaient à l’intérieur du verre.
Émerveillé,
le vieux monsieur glissa doucement ses mains dans la lampe et récupéra la petite
étoile encore chaude.
Elle
scintillait comme un diamant.
Partout
dans la lanterne restait une poudre lumineuse, fine comme du sable.
Alors,
avec précaution, il essuya les parois du réverbère pour retirer cette poussière
magique.
Quand tout
fut terminé, il soupira, essuya son front fatigué…
Et
quelques grains sableux de cette poudre d’étoile tombèrent sur son nez.
À peine
eut-il le temps de cligner des yeux que le sommeil l’enveloppa aussitôt.
Et il
s’endormit profondément au pied du lampadaire, sous la douce lumière.
Le
lendemain matin, les premiers oiseaux le réveillèrent.
— Oh là
là… que s’est-il passé ? murmura-t-il en se redressant.
Dans sa
main, quelque chose brillait encore.
La petite
étoile filante.
Elle
scintillait doucement et diffusait un parfum sucré, comme du caramel tiède.
Le vieux monsieur rentra chez lui.
Il
enveloppa soigneusement l’étoile dans un joli mouchoir de soie blanche, comme un trésor fragile.
Les jours
passèrent.
Puis, un
après-midi, sa petite-fille vint lui rendre visite.
—
Grand-père, qu’est-ce qu’il y a dans ce joli mouchoir ?
Curieuse,
elle l’ouvrit légèrement et respira.
— Oh… ça
sent… le caramel…
À peine
eut-elle prononcé ces mots que ses yeux se fermèrent tout seuls.
Et elle
s’endormit paisiblement sur un fauteuil moelleux.
Herbert
resta bouche bée.
Puis il
comprit.
— Mais
bien sûr ! La poussière d’étoile… elle fait dormir ! C’est une poudre
de sommeil !
Ce
soir-là, il prit une grande décision.
Allumer
des réverbères toute sa vie l’avait rendu fatigué. Mais, maintenant, il avait
trouvé un nouveau travail, bien plus merveilleux.
Il
abandonna sa perche et sa vieille échelle et alla s’installer dans le vieux
moulin abandonné.
Là, il
répara les grandes ailes de bois, nettoya les engrenages, et installa au centre
une grande meule pour moudre les étoiles filantes.
Avant de
pouvoir les moudre, il fallait les attraper dans le ciel. Il avait donc besoin
d’un moyen de voyager dans les airs.
Alors,
avec beaucoup de patience, de tissu et de ficelles, il fabriqua une
magnifique montgolfière.
Au cœur de
la nuit, lorsque la lune était déjà haut dans le ciel, le vieux monsieur grimpait
dans sa montgolfière.
Le ballon
s’élevait doucement au-dessus de Paris.
Plus haut.
Encore plus haut. Au-dessus des nuages, jusqu’au chemin des étoiles.
Là, il les attrapait par centaines avec une grande épuisette et les rangeait dans un sac de velours.
Redescendu, il faisait tourner doucement les ailes du moulin et la meule broyait les étoiles.
Crac… crac… crac…
Elles devenaient une poudre d’or brillante et douce comme du sable.
Puis, au crépuscule, lorsque la lumière chaude du soleil disparaît à l’horizon,
il remontait dans sa montgolfière avec un grand sac de cette poudre magique.
Il s’envolait au-dessus des villes, des villages et des maisons partout dans le pays. D’un geste léger, il saupoudrait un peu de sable d’or magique sur les oreillers des enfants. C’était l’heure de faire des rêves merveilleux.
Aujourd’hui,
certains affirment apercevoir, très haut dans le ciel, une montgolfière
glissant entre les étoiles… Ils ont sans doute raison car le vieil allumeur de
réverbères est devenu le Marchand de sable qui allume les rêves de tous les
enfants.


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