18. Le marchand de sable

 

Les contes de Mme Poppins

Bonjour, je suis Mme Poppins, j'ai une histoire à vous raconter...

Auteur : Muriel Jorry.
Conte protégé. 
Diffusion et reproduction interdites. 
Illustrations générées par IA.

Il y a bien longtemps, à Paris, vivait Herbert, un vieux monsieur que tout le monde connaissait sans vraiment le remarquer. Chaque soir, à l’heure où une brume légère apparaissait, que les boutiques fermaient leurs volets, que les chats commençaient leur ronde silencieuse et que les passants pressaient le pas pour rentrer chez eux, Herbert sortait avec sa longue perche et sa petite échelle.

Son métier était simple, mais fatigant : il était falotier, c'est-à-dire… allumeur de réverbères.

Il marchait longtemps dans les ruelles pavées en tendant sa perche et l’on entendait :

Clac, une flamme… clac une autre, et puis encore une autre…

Et peu à peu, la nuit s’illuminait lorsque les lampadaires s’éveillaient comme des lucioles géantes, éclairant les boulevards et les petites rues.

Chaque soir, il gardait, pour la fin de sa tournée, un réverbère bien particulier se trouvant au bord d’une rue tranquille, près d’un vieux moulin abandonné, dont les ailes immobiles grinçaient parfois dans le vent.

Un soir d’automne, le vent soufflait doucement et les nuages filaient dans le ciel sombre.
Le vieux monsieur posa son échelle contre le lampadaire du moulin et ouvrit la petite vitre pour allumer la flamme.

C’est alors qu’il entendit un sifflement aigu.

— Fiiiiiiiouuuuu !

Il leva la tête.

Une étoile filante traversait le ciel, plus brillante que toutes les autres.

Elle descendait… plus bas… encore plus bas… et soudain…

PLOP !

L’étoile tomba directement dans le réverbère ouvert.

La lampe se mit à briller d’une lumière incroyable, mille fois plus vive que d’habitude. Des étincelles d’or tourbillonnaient à l’intérieur du verre.

Émerveillé, le vieux monsieur glissa doucement ses mains dans la lampe et récupéra la petite étoile encore chaude.

Elle scintillait comme un diamant.

Partout dans la lanterne restait une poudre lumineuse, fine comme du sable.

Alors, avec précaution, il essuya les parois du réverbère pour retirer cette poussière magique.

Quand tout fut terminé, il soupira, essuya son front fatigué…

Et quelques grains sableux de cette poudre d’étoile tombèrent sur son nez.

À peine eut-il le temps de cligner des yeux que le sommeil l’enveloppa aussitôt.

Et il s’endormit profondément au pied du lampadaire, sous la douce lumière.

Le lendemain matin, les premiers oiseaux le réveillèrent.

— Oh là là… que s’est-il passé ? murmura-t-il en se redressant.

Dans sa main, quelque chose brillait encore.

La petite étoile filante.

Elle scintillait doucement et diffusait un parfum sucré, comme du caramel tiède.

Le vieux monsieur rentra chez lui.

Il enveloppa soigneusement l’étoile dans un joli mouchoir de soie blanche, comme un trésor fragile.

Les jours passèrent.

Puis, un après-midi, sa petite-fille vint lui rendre visite.

— Grand-père, qu’est-ce qu’il y a dans ce joli mouchoir ?

Curieuse, elle l’ouvrit légèrement et respira.

— Oh… ça sent… le caramel…

À peine eut-elle prononcé ces mots que ses yeux se fermèrent tout seuls.

Et elle s’endormit paisiblement sur un fauteuil moelleux.

Herbert resta bouche bée.

Puis il comprit.

— Mais bien sûr ! La poussière d’étoile… elle fait dormir ! C’est une poudre de sommeil !

Ce soir-là, il prit une grande décision.

Allumer des réverbères toute sa vie l’avait rendu fatigué. Mais, maintenant, il avait trouvé un nouveau travail, bien plus merveilleux.

Il abandonna sa perche et sa vieille échelle et alla s’installer dans le vieux moulin abandonné.

Là, il répara les grandes ailes de bois, nettoya les engrenages, et installa au centre une grande meule pour moudre les étoiles filantes.

Avant de pouvoir les moudre, il fallait les attraper dans le ciel. Il avait donc besoin d’un moyen de voyager dans les airs.

Alors, avec beaucoup de patience, de tissu et de ficelles, il fabriqua une magnifique montgolfière.

Au cœur de la nuit, lorsque la lune était déjà haut dans le ciel, le vieux monsieur grimpait dans sa montgolfière.

Le ballon s’élevait doucement au-dessus de Paris.

Plus haut. Encore plus haut. Au-dessus des nuages, jusqu’au chemin des étoiles.

Là, il les attrapait par centaines avec une grande épuisette et les rangeait dans un sac de velours.

Redescendu, il faisait tourner doucement les ailes du moulin et la meule broyait les étoiles.

Crac… crac… crac…

Elles devenaient une poudre d’or brillante et douce comme du sable.

Puis, au crépuscule, lorsque la lumière chaude du soleil disparaît à l’horizon, il remontait dans sa montgolfière avec un grand sac de cette poudre magique.

Il s’envolait au-dessus des villes, des villages et des maisons partout dans le pays. D’un geste léger, il saupoudrait un peu de sable d’or magique sur les oreillers des enfants. C’était l’heure de faire des rêves merveilleux.

Aujourd’hui, certains affirment apercevoir, très haut dans le ciel, une montgolfière glissant entre les étoiles… Ils ont sans doute raison car le vieil allumeur de réverbères est devenu le Marchand de sable qui allume les rêves de tous les enfants.


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